Un article intéressant et critique sur le débat Onfray-Roudinesco
En préambule, je dois dire que ni la théorie psychanalytique ni la personnalité de Sigmund Freud ne me posent problème. Beaucoup cherchent des poux au bonhomme et procèdent à des attaques ad hominem plus ou moins pertinentes : il était cocaïnomane, il aurait dissimulé ses erreurs, il aurait fabulé ses succès, il aurait été ambitieux, il aurait évincé ses rivaux et même, ses amis. Il aurait été mysogine et homophobe, il aurait bâti une théorie générale de l’esprit humain en se basant sur ses propres obsessions et sur celles de la bourgeoisie viennoise de la fin du XIXe siècle. Tout ça est bien possible mais ne disqualifie pas pour autant ses réflexions : des philosophes humainement invivables ou des scientifiques qui maquillent leurs erreurs et qui manquent de fair-play vis à vis de leurs collègues, des chercheurs dont l’imagination est bridée par leur culture ou leur milieu social, il y en a eu beaucoup depuis que le monde est monde, y compris parmi les auteurs des plus grandes avancées scientifiques de l’histoire. Il convient tout de même de rappeler à ce stade que la légende dorée de la psychanalyse crédite Freud de plus de choses qu’il ne le mérite sans doute : l’inconscient, notamment, est un concept qui précède Freud, quand au « transfert », il a été observé par Sándor Ferenczi, ami de Freud à l’époque, mais ostracisé ensuite du fait de son indépendance vis à vis de la vulgate psychanalytique. On entend parfois dire que la maladie mentale n’était pas reconnue ou étudiée avant Freud, ou encore qu’il a été le premier à vouloir soigner l’esprit autrement que par l’exorcisme, qu’il aurait fait sortir la science du cerveau d’un interminable obscurantisme moyenâgeux et qu’il serait à l’origine d’un affranchissement de la sexualité vis à vis de tout sentiment de culpabilité. On crédite ainsi Freud de toutes sortes de primeurs révolutionnaires : premier féministe, premier médecin de l’âme, quand on ne fait pas de lui l’inventeur de l’individu.
Tout ceci est, évidemment, tout à fait faux d’un point de vue historique et scientifique et il y a même des cas où les théories de Freud constituent un recul ou en tout cas une complexification inutile et parfois hermétique des théories de ses prédécesseurs. En revanche, c’est bien la popularité du personnage de Sigmund Freud et de ses théories qui ont permis de diffuser parmi le grand public l’idée que la maladie mentale pouvait être étudiée, soignée et comprise.
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