Je ne suis pas un monstre, je suis un psy-cho-logue !

« Tiens,
toi qui est psychologue…» Lors des soirées mondaines que nous
fréquentons, un verre à la main, et l’autre servant à appuyer
nos propos, c’est le genre de début de phrase qui nous fait
frémir d’aise ou d’angoisse selon la personne qui l’émet. Si
cette personne est physiquement intelligente, il est probable que
nous nous transformons alors en érudit freudien, beau-parleur
lacanien et confident à la parole salvatrice digne du courrier des
lectrices, si par contre nous avons en face de nous ce type de
personnes un peu revêche qui ne croyant pas en toutes ces
conneries-de-l’inconscient-et-de-ces-trucs-pour-les-fous-qui-ne-servent-qu’à-relacher-les-pédophiles-dans-la-nature,
alors il est d’usage de sortir de la discussion en disant que
« non, non, c’est plus compliqué que ça, et puis moi de
toute façon, en fait je suis footballeur ou danseuse (selon le sexe
ou les goûts vestimentaires…) ».

Malheureusement,
vous ne pouvez pas dissimuler longtemps votre honteuse profession, et
vous avez le droit alors à toute sorte d' (ab)-réaction:

Celui
ou celle qui va faire deux pas en arrière, puis vous éviter tout au
long de la soirée comme si vous étiez agent de la Gestalt-Po ou
pire encore, comme si vous n’étiez qu’un vulgaire saltimbanque
psychique, un allumé peu sérieux qui, s’il avait fait des vrais
études aurait pu faire un vrai métier, et non pas un de ces trucs
d’artistes et d’utopistes ! En version allégé, cela donne
aussi «  alors tu vas analyser tout ce que je dis ? »
Ce à quoi il est opportun de répondre « tout à fait, je lis
dans tes pensées, et la relation que tu as avec ta mère est loin
d’être saine… ».

Il
y a aussi celui ou celle qui va s’épancher sur vous, vous
racontant sa plus profonde intimité en vous tenant la jambe comme
on s’accroche au tire-fesse alors que deux mètres plus loin près
du buffet ça rigole sec et qu’il y a là cette brune ténébreuse
qui ne vous lâche pas des yeux, mais qui se demande si vous n’êtes
pas un tocar comme votre interlocutrice. (Pour la gente féminine
remplacez brune ténébreuse par Acteur-médecin-sportif à la tempe
légèrement grisonnante).
J’ai
pris l’exemple des soirées mondaines qui ne portent pas trop à
conséquences, mais nous retrouvons ce même jeu avec nos amis, notre
famille et surtout dans notre milieu professionnel. Si nous
impressionnons parfois par la connaissance que nous avons de la
nature humaine (nous sommes capable mieux que personne de décrypter
une émission de télé-réalité...), nous faisons peur parfois,
nous sommes moqués souvent (et pas qu’à cause du nœud papillon
ou du collier à cailloux), et nous sommes régulièrement attendu au
tournant. « Ah bon, je ne savais pas que les psy aussi
fumaient/se droguaient/déprimaient/étaient complexé par leur
poids/ avaient une vie sexuelle (ou pas) etc… »

« Et
alors ? » me direz-vous. « Toutes les professions
véhiculent des stéréotypes ». C’est vrai, mais si les
garagistes sont des voleurs, les dentistes des menteurs et les
informaticiens des geeks du C++, nous sommes dans notre pratique
obligés de travailler avec notre identité. Il paraît que cela
s’appelle le transfert /contre-transfert, mais je ne m’intéresse
qu’assez peu au mercato.

En
conclusion, (après vous allez croire que ma pensée est structurée,
mais rassurez-vous, il n’en est rien…), en société, faites vous
payer dès qu'on vous parle de psychologie, ça éloigne les géneurs,
et arrondit les fins de mois. Ou alors procurez-vous le magnifique
t-shirt de l'association des étudiants suisses (ce n'est pas une
blague) « I'm not your fucking thérapist! »

liens:
http://psynet.ch/con/cms/front_content.php?idcat=67